Il y a quelques années, je vous avais proposé quelques interviews de peindre de figurines que j'avais eu l'occasion de rencontrer réellement ou virtuellement. Je me relance dans cette démarche en vous proposant une "galerie de portrait" de créateurs de figurines dont j'ai eu l'occasion d'admirer les réalisations. Ceux qui fréquentent mon blog connaissent mon attachement à l'Espagnol. Ils ne seront donc pas surpris que je commence par une firme ibérique (Baraka miniatures) et que je vous parle dans ce billet de celui qui se cache derrière ce label (Borja Pérez de Lema).
Avant de débuter, je tiens à remercier Borja pour sa gentillesse et pour le temps qu'il a consacré à répondre à mes questions.
Borja prêt à en découdre...Borja, l'homme qui transforme les rêves d'histoire en figurines
Derrière Baraka Games & Miniatures se cache un passionné d'histoire, de jeux et d'amitié. Rencontre avec Borja, un créateur espagnol qui préfère parler de son équipe plutôt que de lui-même.
Il suffit de quelques minutes de conversation pour comprendre que Borja n'est pas un entrepreneur comme les autres. Il parle de batailles avec l'enthousiasme d'un enfant, de ses collaborateurs avec une profonde affection et de Baraka comme d'une aventure humaine avant d'être une marque de figurines.
À 53 ans, installé à Boadilla del Monte, près de Madrid, il garde intacte la passion née dans les rues de Bilbao. Une passion qui l'a conduit à créer des centaines de figurines historiques, plusieurs règles de jeu et une communauté internationale de joueurs. Pourtant, lorsqu'on lui demande de raconter son parcours, il commence... par Hannibal.
Son attachement à l'Histoire ne s'arrête d'ailleurs pas aux livres ou aux champs de bataille miniatures. Il aime rappeler que la ville où il vit possède un passé particulièrement riche. Pendant la guerre civile espagnole, Boadilla del Monte fut le théâtre de combats acharnés. En décembre 1936, la XIᵉ Brigade internationale y défendit le palais de l'infant Don Luis. Quelques mois plus tard, lors de la bataille de Brunete, Oliver Law, premier Afro-Américain à commander une unité militaire américaine non ségréguée, le célèbre Lincoln Battalion, trouva la mort à quelques centaines de mètres de ce qui est aujourd'hui la maison de Borja, en lançant l'assaut sur le « sommet Mosquito ». Une histoire locale qu'il évoque avec émotion et qui nourrit son intérêt pour la guerre civile espagnole, devenue l'un des thèmes majeurs des créations de Baraka.
Tout a commencé avec Hannibal
« Je crois que j'avais six ans lorsque mon père m'a offert le livre Hannibal et les ennemis de Rome de Peter Connolly. À partir de ce moment-là, je suis devenu un admirateur inconditionnel d'Hannibal. »
Le souvenir est intact.
Puis viennent les premiers wargames sur plateau, les sachets de soldats en plastique achetés dans une mercerie de Bilbao, les vitrines du magasin Hobbies où il passe des heures à admirer des maquettes qu'il ne peut pas toujours s'offrir.
« Les autres garçons parlaient des victoires de l'Athletic Club. Moi, je rêvais de stratégies militaires. Je mettais mes soldats en rang et j'inventais des batailles pendant des heures. »
Ce goût pour l'Histoire ne l'a jamais quitté.
Longtemps fasciné par l'Antiquité et la Deuxième Guerre punique, il s'est progressivement ouvert à toutes les périodes. Aujourd'hui, le XVIᵉ siècle le passionne autant que la guerre civile espagnole, la Première Guerre mondiale ou les opérations spéciales contemporaines.
« Plus on découvre l'Histoire, plus on se rend compte qu'elle est infinie. Chaque époque possède ses héros, ses drames et ses histoires extraordinaires. »
« Je peins très mal... »
La confidence fait sourire.
Car beaucoup imaginent qu'un créateur de figurines est forcément un peintre accompli.
« Pas du tout ! Je peins vraiment très mal. J'ai toujours admiré ceux qui savent mettre les figurines en couleur, mais ce n'est pas mon talent. »
Il raconte avec humour ses tentatives parfois laborieuses, évoque un dragon peint avec sa fille et quelques figurines historiques auxquelles il reste attaché uniquement parce qu'elles sont les siennes.
Son domaine, c'est la création.
Imaginer des collections inédites.
Inventer des jeux.
Réunir les bonnes personnes autour d'un projet.
« Je préfère créer ce qui n'existe pas encore. C'est ce qui me motive. »
Légionnaires dans le RifLa naissance de Baraka
Comme beaucoup de belles histoires, celle de Baraka est née d'une contrainte.
Pendant la pandémie de Covid, le Brexit complique fortement l'approvisionnement en figurines.
« Je me suis dit : pourquoi ne pas créer les nôtres ? »
L'idée enthousiasme immédiatement son cercle d'amis.
Le premier sujet s'impose presque naturellement : la guerre du Rif.
Puis les projets s'enchaînent.
La guerre civile espagnole.
Le XVIᵉ siècle.
Les campagnes napoléoniennes.
Aujourd'hui, les joueurs connaissent Baraka pour des gammes originales qui explorent des périodes souvent ignorées par les grands fabricants.
« Nous ne faisons pas d'études de marché. Nous créons simplement les figurines que nous avons envie de voir exister. »
Une phrase qui résume parfaitement l'esprit de la marque.
Une aventure d'amis avant tout
Au fil de la conversation, un détail saute aux yeux.
Borja utilise beaucoup plus souvent le mot « nous » que le mot « je ».
Derrière Baraka se trouve une équipe soudée où chacun apporte sa pierre à l'édifice.
« Je me considère un peu comme le producteur d'un film. Je lance les projets, je coordonne l'ensemble, mais ensuite chacun apporte son talent. »
Miguel est le directeur de production. C'est lui qui supervise le développement des gammes et veille à la qualité de chaque sortie.
Edu est le référent historique. Lorsque la moindre question surgit sur un uniforme, une arme ou une campagne militaire, c'est vers lui que l'équipe se tourne.
Puis il y a Javier Serrano.
Lorsque Borja évoque son nom, son visage s'illumine.
« Javier est un véritable artiste. Un vieux rocker ! »
À l'origine, Javier ne travaille pas dans le monde de la figurine. Il est créateur de bijoux pour une grande marque espagnole. C'est un ami commun, Sito, musicien dans son groupe de rock et membre du club, qui les met en relation.
« Il ne connaissait absolument rien à la sculpture numérique. Mais nous avons immédiatement vu son talent. Nous lui avons proposé de nous rejoindre et il a tout appris en autodidacte. »
Aujourd'hui, Javier est associé de Baraka et l'un des artisans du succès de The Iron Duke.
La même philosophie a guidé le recrutement de Fanath.
« Nous ne cherchons pas des techniciens. Nous cherchons des artistes. »
Fanath n'avait jamais sculpté de figurines historiques avant de rejoindre l'équipe. Son regard neuf apporte une identité particulière à plusieurs collections, notamment Guts & Doom.
Pour Borja, cette diversité est une richesse.
« Nous avons la chance d'être entourés de gens extrêmement talentueux. Ce sont eux qui donnent une âme à nos projets. »
Séptimo Grado, bien plus qu'un club
Impossible de comprendre Baraka sans parler de Séptimo Grado.
Depuis près de vingt-cinq ans, Borja fait partie de ce club de Leganés, considéré comme l'un des plus actifs d'Espagne.
« C'est une deuxième famille. »
Une cinquantaine de membres.
Des dizaines de projets communs.
Des armées montées collectivement.
Des règles testées semaine après semaine.
Des tournois internationaux.
L'an dernier, le club a même accueilli des joueurs venus jusqu'à... l'Australie pour un tournoi mondial de Bolt Action.
« Quand quelqu'un lance une idée, les autres viennent naturellement lui donner un coup de main. C'est cet état d'esprit qui fait toute la différence. »
En l'écoutant, on comprend que Baraka est né autant autour des tables de jeu que devant les écrans de modélisation 3D.
Créer plutôt que fabriquer
Au fil des années, Baraka a profondément fait évoluer son modèle.
La fabrication de figurines physiques a été abandonnée.
L'équipe propose désormais exclusivement des fichiers d'impression 3D.
« Nous sommes des créateurs, pas des logisticiens. »
Le changement permet de consacrer toute l'énergie à ce qui les passionne vraiment.
Créer.
Dessiner.
Documenter.
Imaginer.
Et surtout toucher un public mondial.
« Aujourd'hui, un joueur japonais peut imprimer nos soldats espagnols chez lui. C'était impossible il y a quelques années. »
Des jeux pour les joueurs
La même philosophie anime les règles de jeu développées par Baraka.
Baraka & Fatalidad est né naturellement autour de la table.
Aujourd'hui, Guts & Doom prend le relais avec une édition anglaise destinée à un public international.
Et déjà un nouveau projet occupe les discussions de l'équipe.
Son nom : NEPTUNE.
Un jeu consacré aux opérations spéciales modernes, mêlant hélicoptères, commandos, interventions navales et forces spéciales.
À écouter Borja, les idées arrivent plus vite que le temps disponible pour les réaliser.
Et cela lui convient parfaitement.
« Nous ne planifions jamais nos projets à plus de six mois. Cela nous laisse la liberté de suivre notre inspiration. L'Histoire nous offrira toujours de nouvelles idées. »
Plus qu'une marque, une philosophie
En refermant mon "carnet de notes", une évidence s'impose : Baraka ne s'est pas construite autour d'un plan marketing. Elle s'est construite autour d'une bande d'amis. Des passionnés qui préfèrent explorer les pages oubliées de l'Histoire plutôt que les tendances du marché. Des créateurs qui se réjouissent davantage de découvrir un nouvel épisode historique que de consulter un tableau de ventes.
« Nous ne faisons pas cela pour gagner de l'argent. Nous le faisons parce que nous aimons créer et partager cette passion avec d'autres joueurs. »
Sans doute est-ce là le secret de Baraka.
Dans un hobby où l'on parle souvent de figurines, de règles ou de peinture, Borja rappelle qu'au fond, ce sont les personnes qui donnent vie à toutes ces passions.
Et c'est probablement pour cette raison que l'aventure Baraka ne fait que commencer...
Retrouvez Baraka miniatures sur :
Facebook : https://www.facebook.com/barakagameandmini
MyMiniFactory : https://www.myminifactory.com/profile/BarakaGamesandMiniatures
Merci d'avoir lu ce billet. La prochaine fois, je vous parlerai d'un créateur de talent :
Roman Svarog (Baroco Miniatures)











